Une Raison d'espérer. 1. Résumé de l'ouvrage
Comme promis, je propose ici une présentation synthétique des thèses soutenues dans Une raison d'espérer, publié chez Plon en 1997 et réédité en poche chez Pocket en 2000. La finalité principale de l'ouvrage consistait à démontrer que les fléaux sociaux dont souffrent des pays riches depuis les années 1980 ne résultent ni de lois économiques inéluctables, ni d'un complot des marchés financiers ou des multinationales. Ils sont le résultat de choix politiques délibérés ou encore d'une simple démission du politique qui s'expliquent en partie par un vice inhérent aux démocraties contemporaines : le marketing politique à courte vue…
Inventaire de nos peurs, centré sur l’insécurité économique et sociale et la montée de la pauvreté qui justifient le cri d’horreur poussé par Viviane Forrester dans l'Horreur économique (Fayard, 1996)
Chapitre 2. L’horreur économique en question
Analyse critique du livre de V. Forrester : si l’indignation face à l’horreur sociale est légitime, un discours anti-économique et anti-mondialisation, fataliste et simpliste, détourne notre attention des vraies responsabilités qui résident dans les choix politiques de gouvernements nationaux.
En substance les deux premiers chapitres tendent à démontrer ce qui suit.
Nous vivons dans un monde qui nous fait peur. Chômage, pauvreté, guerre économique mondiale, impuissance des politiques. Nous redoutons l’avènement d’une société où régnerait une guerre sans merci pour être " le meilleur ", pour être " compétitif ", parce que telle serait la loi de l’économie qui parait désormais dominer toutes les lois des hommes ? Des voix s’élèvent pour nous rassurer : tout ira pour le mieux dans le meilleur des mondes si nous ne faisons rien, si nous nous abandonnons justement aux lois de l’économie ! Mais nous prêtons plus volontiers l’oreille à ceux qui crient à l’horreur économique et nous désignent des coupables plausibles : multinationales, marchés financiers, progrès technique...
Les uns et les autres nous trompent. Aux faux espoirs de la " pensée unique " libérale répondent les peurs imaginaires et les boucs émissaires d’une " contre-pensée unique ", anti-économique, anti-européenne, anti-mondialisation. Une société horrible nous guette en effet, mais cette horreur n’a rien d’économique, elle est politique. Elle résulte des stratégies de pouvoir de nos gouvernements, elle est inscrite dans le mutisme des citoyens qui ne se dressent plus pour dire le monde qu’ils attendent. Nous avons depuis les années 1970, franchi les trois degrés de l’horreur politique. (objet des trois chapitres suivants)
Chapitre 3. Le premier degré de l’horreur politique : le refus du partage
Ou comment le souci de satisfaire une majorité d’électeurs interdit le règlement des problèmes affectant des minorités.
Le chômage de masse et le développement de la pauvreté pouvait être évités en préservant la logique de partage de la croissance qui dominaient avant les chocs pétroliers. Cela n’aurait exigé de la majorité des citoyens qu’une réduction du rythme d’augmentation (et non du niveau)de son bien-être matériel ! Au lieu de cela, on a accepté que la totalité des sacrifices imposés par les mutations économiques soient supportés ceux qui en étaient les victimes. Tel est le premier degré de l'horreur politique.
Chapitre 4. Le deuxième degré de l’horreur politique : la tyrannie du marché politique
Ou comment se bloque le règlement des problèmes, même quand une majorité d’électeurs y trouverait son intérêt.
Les fameuses contraintes extérieures, invoquées par les gouvernements pour expliquer leur impuissance, sont des alibis masquant l’immobilisme et la lâcheté politique. Les seules vraies contraintes sont celles qu’impose la compétition électorale à court terme. Dans la course aux bulletins de vote, l’immobilisme est plus souvent rentable que le courage. Les réformes délicates et les politiques à long terme sont écartées par des gouvernements qui ont besoin d’un soutien large et immédiat de leur électorat. En démocratie, le seul moyen d’obtenir une demande majoritaire des citoyens en faveur de politiques de solidarité consiste à laisser s’étendre assez longtemps les effets pervers de l’égoïsme, du non partage, et de l’exclusion sociale.
En effet, un électorat trop peu informé sur les coûts et sacrifices associés aux politiques qu’il demande — et trop peu éclairé par des leaders lâches ou peu crédibles — incite les gouvernements à toujours reculer devant des réformes au fond souhaitables à long terme. Ils pratiquent la " stratégie du pourrissement social " : attendre qu’un problème soit devenu assez grave pour s’assurer qu’une large majorité d’électeurs en a pleinement conscience et accepte les coûts et les contraintes qu’exige son traitement.
Mais cette stratégie du pourrissement recèle un cercle vicieux dont l’issue est incertaine. En effet, si l’horreur sociale environnante conduit la majorité des citoyens à souhaiter une société plus solidaire, elle gonfle aussi la facture réelle de la solidarité, et peut dissuader la même majorité de payer la facture. Nous risquons d’être finalement convertis aux bienfaits de la solidarité, mais, trop tard peut-être, au moment où son coût nous paraît aussi insupportable que son absence.
Chapitre 5. Le troisième degré de l’horreur politique : une démocratie muette et hurlante
Ou comment une démocratie peut rester piégée dans l’immobilisme, alors même qu’on est allé au bout du " pourrissement social ", à ce point où une très large majorité d’électeurs serait disposée à assumer les coûts de réformes courageuses.
Parvenu à ce point, tout le monde comprend l’urgence d’une action coûteuse et de longue haleine, mais il n’y a plus de responsables politiques assez crédibles et assez proches à qui confier cette mission. Les élus, eux-mêmes conscients de ce déficit de crédibilité, hésitent à s’engager sur des voies difficiles et accentuent ainsi l’impatience et la défiance de leurs électeurs. À ce stade, l’exaspération et la désespérance des citoyens face au politique sont à leur comble et s’expriment soit par le rejet muet du jeu politique (abstention, désaffection pour l’action politique et syndicale), soit dans le rejet hurlant des politiciens (montée de l’extrémisme et du populisme).
Nous allons ainsi vers l’horreur économique, non plus par ignorance, ni même par refus d’une solidarité dont nous avons fini par comprendre la nécessité. Nous allons vers un monde dont personne ne veut simplement parce que nous n’avons plus le ressort, l’énergie, les moyens, les relais, les représentants pour exprimer nos refus et nos attentes. La politique est tellement décrédibilisée que l’on n'en attend plus rien. Et comme le salut ne viendra pas pour autant d’ailleurs, nous nous replions dans la résignation. Pourtant les trois-quarts des citoyens rêve probablement du même type de société où la solidarité prime sur la guerre économique. Il suffirait peut-être qu’ils se le disent, et que les citoyens retrouvent les moyens d’exiger la poursuite de leur idéal pour nous éviter le naufrage. Sombrons-nous simplement parce que nous nous taisons ?
Chapitre 6. Une raison d’espérer
La seule raison d’espérer est de savoir que les démocraties sont piégées par la déficience de leurs gouvernants et de leurs règles du jeu politique, et non par une quelconque fatalité technologique ou économique contre laquelle on serait impuissant. On peut toujours changer la classe politique et les institutions, faire de la politique autrement. La voie de l’espoir est étroite car la classe politique n’a guère intérêt à changer les règles du jeu et les hommes en place. Mais elle est réelle si les citoyens cessent de se tromper de cible (le "complot" des marchés financiers), et militent pour le renouvellement des institutions et de la classe politique.
L’horreur politique est plus scandaleuse et plus monstrueuse que l’horreur économique, parce qu’elle est choisie, acceptée. Mais c’est là aussi notre raison d’espérer, car d’autres choix sont toujours possibles. Et avant toutes choses, l'urgence est de restaurer la confiance dans les responsables politiques et l'intérêt pour le débat démocratique. Car nous n'avons que la politique pour combattre l'horreur politique ! Cette restauration du politique passe par des réformes institutionnelles et par un autre comportement des leaders politiques. Mais comme on ne peut se contenter d'attendre les initiatives de la classe politique, c'est d'abord aux citoyens que revient la responsabilité de définir et d'exiger quelle politique ils veulent et dans quel monde ils souhaitent voir grandir leurs enfants. Et parmi les citoyens, cette responsabilité incombe en tout premier lieu à ceux qui ont accès à l'information, à la parole et au débat public : les intellectuels, artistes, journalistes, scientifiques... Le livre se terminait ainsi sur un appel à la constitution d'assemblées citoyennes mobilisant, informant, incitant au débat en sorte que les citoyens reprennent la main dans le jeu politique.

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7 - Les « ils » comme bouc émissaire.
<p class="MsoNormal" style="MARGIN: 0cm 0cm 0pt">Je partage votre analyse et votre conviction selon laquelle des marges de manœuvre politiques et économiques existent et que nous ne sommes pas réduit au désespoir. Je vous suis pour sortir de l’emprise des « ils » comme bouc émissaire. Retroussons-nous donc les manches.</p><p class="MsoNormal" style="MARGIN: 0cm 0cm 0pt">Par contre, il me manque un élément pour me faire une idée un peu plus précise de votre projet : à quel modèle de solidarité faites vous référence ? S’agit-il du modèle <u>d’état providence redistributif</u> que nous connaissons, moyennant quelques aménagements, ou bien s’agit-il d’un projet alternatif dont vous ne donneriez pas les clés ?</p><p class="MsoNormal" style="MARGIN: 0cm 0cm 0pt">En second lieu, il me semble que vous surestimez les vertus du débat sur sa capacité à redonner la main, dans le jeu politique, aux citoyens. Il me semble qu’il faudrait en premier lieu analyser pourquoi les citoyens sont de si faibles défenseurs de notre « état-providence ». Pourquoi laissons-nous si facilement se défaire cet outil de solidarité si formidable ? Pour ma part, j’y vois trois raisons principales. </p><ul style="margin-top: 0cm" type="disc"><li class="MsoNormal" style="MARGIN: 0cm 0cm 0pt; mso-list: l0 level1 lfo1; tab-stops: list 36.0pt">La première est que cet état-providence redistributif nous place dans une situation de consommateur de solidarité (quand bien même nous y participons au travers des prélèvements sociaux). </li><li class="MsoNormal" style="MARGIN: 0cm 0cm 0pt; mso-list: l0 level1 lfo1; tab-stops: list 36.0pt">La seconde me semble liée à une confusion entre le domaine public et le domaine social (j’entends par domaine public tous les biens et service effectués par l’état et mis à la disposition des citoyens plus ou moins gratuitement qui peuvent être considérés comme des investissements dont le privé ne pourrait se charger aussi bien dans une optique d’égalité des chances; par domaine social j’entends l’assistance « humaine » à toutes les personnes dépendantes (personnes agées, handicapés, enfants) et dont l’enjeu est plus humain qu’économique, et dont la marchandisation en cours me semble être une catastrophe ontologique considérable). </li><li class="MsoNormal" style="MARGIN: 0cm 0cm 0pt; mso-list: l0 level1 lfo1; tab-stops: list 36.0pt">La troisième raison est liée à l’évolution, à l’histoire. En effet, notre état providence est daté d’une époque où le socialisme n’avait pas encore été mis à l’épreuve des faits. Nous ne connaissions pas encore le poids objectif de la lourdeur bureaucratique que les projets socialistes de l’époque allaient engendrer. Nous n’en finissons plus de tenter de réformer un système éducatif depuis longtemps figé dans l’école de Jules Ferry. Nous n’en pouvons plus de subir le blocage du pays tout entier par une poignée de militants cheminots abrités derrière un statut forteresse (sentiment atténué par les réussites de notre train en comparaison des homologues privatisés d’autres pays). Comment adhérer à un syndicat qui ne propose que la réévaluation des salaires alors que des entreprises performantes peuvent licencier comme bon leur semble sous le nez de ces mêmes syndicats impuissants. Syndicats qui sont, par exemple, incapables de se réunir pour donner à une convention unique sur tout le territoire (exemple de n conventions de la métallurgie, alors que le principe élémentaire de toute politique est l’union des forces) etc…</li></ul><p class="MsoNormal" style="MARGIN: 0cm 0cm 0pt"><p> </p></p><p class="MsoNormal" style="MARGIN: 0cm 0cm 0pt">Il me semble que si nous voulons une société de citoyens prêts à défendre un quelconque état-providence, alors il ne suffira pas de discuter mais de s’engager, c'est-à-dire de passer du citoyen-consommateur au citoyen-acteur. Sinon, notre pacte implicite de solidarité restera dans les mains des « ils ». Comment y parvenir ? Je vous propose une piste sur mon Blog<span style="mso-spacerun: yes"> </span>« Solidarité Libérale » (et non pas néolibérale = l’homme au service de l’économie). </p><p class="MsoNormal" style="MARGIN: 0cm 0cm 0pt">Amicalement.</p>